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Portrait de: Axel Krygier
Au coeur d’une scène alternative argentine passionnante, le multi-instrumentiste Axel Krygier fait figure d’électron libre. À 41 ans, il livre son quatrième album, "Pesebre", subtile fusion de folklores sud-américains et d’héritage électronique.
Au moment de sa prestation parisienne sur la terrasse de Petit Bain (équipement culturel flottant qui sera achevé en 2011, NDLR), Axel Krygier arbore la moustache de Charlie Chaplin et le même regard malicieux et pétillant. Né à Buenos Aires en 1969, l'homme entretient avec la France un lien fort. Un grand-oncle travaillant dans l’édition à Paris scelle son destin musical en lui envoyant, après la chute du régime militaire argentin, au début des années 80, des cassettes de Laurie Anderson ou des Talking Heads, qui se mêlent aux influences folkloriques d’Axel. « Mon oncle nous a offert le premier disque des Rita Mitsouko, et ma mère nous ramenait de Paris ceux de Tuxedomoon ou Brian Eno, raconte Axel. C’était un privilège, mais j’étais un peu déçu, parce que c’était exactement ce que je voulais faire ! »
Autodidacte forcené
À l’âge tendre, Axel Krygier suit des cours de flûte traversière. Il intègre un groupe en tant que saxophoniste, investit dans une basse, dépoussière le piano du salon familial et constate qu’écrire des partitions ne lui convient pas. Le multipiste s’avère l’outil idéal, qui lui permet d’enregistrer ses premiers morceaux et de répondre à une commande pour une troupe de théâtre. « À ce moment-là, mes influences étaient un mélange de musiques très folkloriques d’Amazonie et de disques bizarres et rares de musiques du monde. On pourrait parler de "folklore extrême" ! » Les années techno s’y superposent et Axel s’intéresse aux recoins les plus puristes du genre. Il utilise toujours certains éléments électroniques « quand ils ont la rusticité du folklore ».
Cet autodidacte forcené se situe au croisement de deux scènes en Argentine, entre cumbia digitale et musique expérimentale. « Il y a une scène underground très forte, et je bouge entre le club et le cabaret. Les musiques très définies esthétiquement sont trop étriquées, ça me pose un problème d’expression... ». Jamais mieux servi que par lui-même, Axel passe de Pro Tools à Final Cut, dessine et expose ses créations, réalise ses pochettes et ses clips avec une patte folle et humoristique, qu’il tire de son goût pour la caricature. Après la création du combo expérimental Sexteto Irreal et le succès de ses premiers albums, il cale son set AxelK Soundsystem entre deux B.O. et une création musicale sensible pour Trois Tangos, le succès parisien du dramaturge argentin Alfredo Arias.
Éminence grise inclassable, Axel Krygier a signéPesebre sur le label belge Crammed. Une nouvelle occasion de se rapprocher de la terre de Brassens, grâce à qui il a appris le français, « en traduisant ses chansons pour les comprendre. » Après avoir monté un quartet avec des musiciens français, il rêve de se consacrer exclusivement à faire vivre son disque sur scène. Un album épanoui, dont l’imagerie poétique est une ode à la famille.